Algues vertes : Bilan 2024, perspectives 2025

Mis à jour le 22/05/2025

Le comité départemental du Plan de lutte contre les algues vertes, réuni le 22 mai, a permis de faire un point sur l’avancement des actions du plan et dresser des perspectives. L’engagement et l’effort des agriculteurs et des autres partenaires est réel, en atteste la baisse de la teneur en nitrate des cours d’eau dans les bassins versants des algues vertes bretons.

Pour renforcer cette dynamique, parmi les perspectives de l’année, le préfet des Côtes-d’Armor a annoncé la fin de la période de la mobilisation volontaire des agriculteurs dans la réduction des flux d’azote en septembre 2025, avant l’application de mesures réglementaires individualisées.

Le plan de lutte contre les algues vertes

Le Plan de lutte contre la prolifération des algues vertes (PLAV) 2022-2027 a été défini et adopté le 7 juin 2023 à la suite d’un travail de concertation conduit par l’État et la Région Bretagne, en lien avec les Conseils départementaux des Côtes-d’Armor et du Finistère, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, l’Agence Régionale de Santé et les collectivités des huit baies concernées. L’ambition générale de ce 3e plan a été rehaussée avec l’introduction de nouvelles modalités d’action et un engagement financier consolidé des partenaires, estimé à 130 millions d’euros sur l’ensemble de la période, soit un quasi doublement par rapport au précédent plan.

Il fixe les grandes orientations dans la lutte contre les algues vertes et comporte quatre volets :

  • Un volet préventif, prioritaire, qui vise la réduction des flux de nitrates grâce à l’engagement et à l’accompagnement des agriculteurs des territoires concernés dans des pratiques plus respectueuses de l’environnement ;
  • Un volet sanitaire, qui vise à surveiller et informer sur le risque sanitaire induit par la putréfaction des algues vertes.
  • Un volet curatif, qui porte sur le ramassage et le traitement des algues vertes.
  • Un volet connaissance, avec notamment des travaux de modélisations visant à évaluer l’impact de changement des pratiques agricoles sur les fuites d’azote et la prolifération des algues.

2025 : Une dernière mobilisation nécessaire avant l’application de mesures réglementaires individualisées

Grâce à l’effort des agriculteurs, la teneur en nitrates dans les cours d’eau a baissé entre 21 % et 30 % de 2010 à 2023 dans les bassins versants des baies algues vertes bretons, ce qui constitue un progrès important. Néanmoins, même si la situation peut varier d’une baie à une autre, les progrès sont moins marqués ces dernières années. La mise en place d’actions préventives au flux de nitrate demeure donc prioritaire.

Dans le cadre du volet préventif du PLAV 3, des zones soumises à contraintes environnementales (ZSCE) ont été mises en place en 2022 sur les huit baies algues vertes dont trois dans les Côtes-d’Armor. Des arrêtés préfectoraux ont fixé des objectifs environnementaux à atteindre pour chaque zone d’ici septembre 2025.

À cette date, l’État évaluera individuellement les exploitations agricoles sur la base de leur engagement dans des plans d’action et de l’atteinte des objectifs fixés.

Le point d’étape présenté au cours du comité départemental montre que sur 1 300 exploitations agricoles concernées, 20 % sont en bonne voie pour atteindre les objectifs fixés, 40 % sont en cours d’engagement, et 40 % n’ont encore entamé aucune démarche.

L’État appelle les agriculteurs concernés à se mobiliser d’ici septembre 2025 pour mettre en place des plans d’action et éviter des obligations réglementaires. Celles qui se seront engagées continueront à bénéficier des dispositifs d’accompagnement.

Les structures de conseil agricole sont elles aussi appelées à se mobiliser fortement pour sensibiliser les agriculteurs et les aider à établir ces plans d’action. Les accompagnements sont pris en charge financièrement par le PLAV.

110millions d’euros du PLAV 3 sont consacrés au volet préventif jusqu’en 2027 afin de soutenir les agriculteurs engagés pour limiter les fuites d’azote :

  • des mesures agro-environnementales et climatiques (MAEC), dont certaines spécifiques aux baies algues vertes, qui accompagnent des systèmes vertueux déployées dans près de 277 exploitations agricoles, dont 152 MAEC, système valant substitution à la charte ZSCE (herbivores et algues vertes) ;
  • des paiements pour services environnementaux (PSE), qui rémunèrent des bonnes pratiques auprès d’environ 126 exploitations agricoles ;
  • des chantiers collectifs (dont la boucle vertueuse) qui prennent en charge des travaux de réalisation de semis précoce de couverts végétaux ou d’optimisation de la fertilisation sur environ 11 343 hectares ;
  • des aides aux investissements de résilience via le dispositif Région Bretagne Agri’invest pour soutenir et développer les systèmes herbagers avec une cinquantaine d’exploitations accompagnées en 2024, et l’établissement de plus de 87 contrats de transition agro-écologiques (CTAE) requis pour l’accès aux investissements productifs ;
  • la prise en charge de diagnostics et de conseils auprès des exploitants agricoles ;
  • plusieurs dispositifs portant sur le foncier agricole ;
  • des aides à la mise en place de talus et de haies, dans le cadre du dispositif régional Breizh Bocage. À cet égard, pour répondre à la dynamique croissante et positive des projets bocagers, notamment dans les bassins versants « algues vertes » à l’approche de l’échéance de septembre 2025, la Région a pris l’engagement, avec l’appui des partenaires financiers du programme, de soutenir cette dynamique et de répondre à l’ensemble des demandes de travaux sur ces territoires, pour les trois prochains hivers.

Situation des échouages d’algues vertes : bilan 2024 et situation en mai 2025

 Le suivi des échouages d’algues vertes est confié au Centre d’Étude et de Valorisation des Algues (CEVA). Pour établir la situation des échouages, il effectue chaque mois d’avril à octobre un survol des différentes baies bretonnes.

Tout comme en 2023, l’année 2024 a été marquée par un démarrage tardif des échouages. Cette année tardive et relativement peu intense jusqu’en septembre a engendré un cumul annuel inférieur de 17 % par rapport au niveau moyen sur 2002-2023 sur l’ensemble de la région mais avec des situations locales très différentes.

La baie de Saint-Brieuc, dont les échouages étaient proches de la moyenne en juin, a ensuite vu un repli des dépôts aux mois de juillet et août, avant de finir sur une situation supérieure à la moyenne en octobre. Le niveau des échouages de cette baie est, néanmoins, resté à un niveau de 2024 conforme à la moyenne des mesures 2002-2023.

Les échouages ont démarré tardivement dans la baie de Saint-Michel-en-Grève. Relativement peu élevés en juillet et août, ils ont été maximums et intenses en octobre aboutissant finalement à un cumul de 25 % inférieur à la moyenne 2002-2023.

Enfin, la baie de la Fresnaye, essentiellement concernée par la présence d’algues brunes filamenteuse, n’a pas connu en 2024 de prolifération d’algues vertes.

D’après le dernier survol opéré par le CEVA, le 15 mai 2025, la surface régionale a fortement augmenté depuis avril en lien avec des conditions de fort ensoleillement à une période où les nutriments ne limitent pas la croissance des algues. La baie de Saint-Michel-en-Grève présente ainsi un niveau élevé de présence d’algues vertes et la baie de Saint-Brieuc, malgré une reconduction peu importante et un démarrage tardif en avril, a connu une augmentation importante en mai. Néanmoins, la surface est probablement inférieure de 10 à 20 % au pluriannuel (évaluation en cours). Sur la baie de la Fresnaye, aucune présence d’algues verte n’a été repérée (algues brunes filamenteuses).

La situation régionale de mai 2025 serait proche de la moyenne des dernières années.


La poursuite du ramassage et l’expérimentation de méthodes alternatives

Les collectivités sont compétentes pour le ramassage des algues vertes. L’État, pour sa part, finance à 100 % le coût supporté par les collectivités sur le ramassage et à 50 % le traitement des algues vertes.

Avec un peu plus de 14 000 tonnes ramassées dans les Côtes-d’Armor, l’année 2024 se situe dans la fourchette basse observée ces dernières années. L’État a soutenu les collectivités territoriales pour le ramassage et le traitement des algues à hauteur de 1,11 millions d’euros en 2024.

En 2025, dans les Côtes-d’Armor, les opérations de ramassage ont démarré début mai dans les baies de la Lieue de Grève et de Saint-Brieuc. 150 tonnes ont été ramassées.

Dans le cadre du PLAV 3, le volet curatif fait l’objet d’un renforcement, avec le déploiement de solutions de ramassage d’algues alternatives dans certaines zones difficiles d’accès où le ramassage régulier des algues peut être difficile voire impossible.

À la suite d’un premier test concluant en juin 2024, une expérimentation du BeachTech 5500 est menée en 2025 par Saint-Brieuc Armor agglomération sur deux sites de la commune d’Hillion (Saint-Guimond et l’Hôtellerie) représentant 0,6 hectares. Il s’agit d’un engin de ramassage léger et auto-porté qui permet le ramassage de faibles échouages sur des plages peu portantes où le ramassage classique est impossible afin de réduire le risque de forte putréfaction.

Cette expérimentation est accompagnée d’une étude d’impact environnementale du ramassage dans le périmètre de la Réserve naturelle nationale de la Baie de Saint-Brieuc. La location de la machine et son utilisation sont financés à hauteur de 100 % par l’État et l’étude d’impact environnementale à 80 % également par l’État.

Les premières expérimentations du bateau Efinor Sea Cleaner en 2022 et 2023 ont conduit à réaliser des adaptations pour lui permettre, notamment, de collecter des algues vertes dans des eaux peu profondes et dans des endroits moins accessibles. Le bateau, désormais doté de roues, réalisera des tests au large de l’anse de Morieux en 2025.


Volet sanitaire du PLAV , la mise en place d’un réseau de capteur d’hydrogène sulfuré

Porté par l’Agence Régionale de Santé (ARS), le volet sanitaire du nouveau PLAV vise à surveiller et informer sur le risque sanitaire engendré par la putréfaction des algues vertes.

Dans ce cadre, l’ARS Bretagne, en lien avec Air Breizh, a déployé, depuis 2022, un réseau de capteurs en « baies algues vertes » bretonnes sur des secteurs susceptibles de présenter des risques d’émanation d’hydrogène sulfuré (H2S). L’information des populations est assurée avec la mise à disposition des concentrations mesurées, via le site internet d’Air Breizh.

Par ailleurs, plusieurs protocoles sanitaires ont été également élaborés pour adapter la réponse opérationnelle des services de l’État, des acteurs locaux et des professionnels de santé des territoires concernés.

En 2024, la campagne de surveillance sanitaire, du 1er juin au 31 octobre, a été marquée par trois jours de dépassement du seuil d’alerte fixé à 1 ppm, sur le site de Saint-Guimond à Hillion. En 2023, six dépassements avaient été constatés sur deux sites de cette même commune (Saint-Guimond et L’Hôtellerie). À l’occasion de ces épisodes, la procédure de gestion des alertes a été activée, en lien avec la mairie, l’ARS et les services de l’État, et les sites ont été fermés au public.

En 2025, le suivi des concentrations en H2S est réalisé du 15 mai au 15 octobre. Le dispositif de surveillance comprend 10 capteurs répartis sur les trois « baies algues vertes » des Côtes-d’Armor (La Lieue-de-Grève, Saint-Brieuc et La Fresnaye). En concertation avec la ville de Binic-Etables sur Mer, le capteur de l’Avant-Port a été déplacé au niveau de la plage de la Banche afin de caractériser les concentrations en H2S sur un autre secteur de la commune concerné par des échouages d’algues.